GUILLAUME HENRI

C'EST PATOU

In the mood for Patou. Patou, toute une histoire ! La maison de couture fondée en 1914 par Jean Patou, mise en sommeil pendant plus de 30 ans, réapparaît en 2019 sous la direction artistique de Guillaume Henri. L’histoire d’une rencontre étonnante, l’histoire très sérieuse d’une vision joyeuse de la couture. Qu’est-ce qui change en 2021 ? Patou simple mais passionnant…


Jean Patou
En 1914, Jean Patou crée sa maison de couture éponyme. Considéré comme l'homme le plus élégant d’Europe par la presse américaine, il a à coeur d’émanciper les femmes en leur proposant une mode facile à vivre au quotidien. Exit les corsets et les jupes trop longues, il habille ses amies Louise Brooks et Joséphine Baker ainsi que sa soeur Madeleine, invente le sportswear en faisant de Suzanne Lenglen, la championne de tennis, son égérie. Visionnaire, il invente le monogramme JP que l’on retrouve sur ses maillots de bains en jersey. Précurseur, il décline des accessoires entre mode et design dans sa boutique parisienne et crée Joy le parfum le plus cher au monde qui a fait sa légende. Cultivé, esthète et épicurien il vit sa vie intensément et meurt jeune à 48 ans, en 1936.

 

Succession
Commence alors une impressionnante succession de designers à la tête de la maison de couture. À la mort de Jean Patou, Marc Bohan reprend le flambeau jusqu’en 1957. Puis ce seront Karl Lagerfeld, Michel Goma, Jean-Paul Gaultier, Angelo Tarlazzi. Durant les années 80, Christian Lacroix redonnera une nouvelle vie à la griffe, avant son départ en 1987 pour fonder sa propre maison de couture. Et puis plus rien.

 

Sérendipité
Un jour, en 2018, Guillaume Henri, directeur de création — dont le contrat chez Nina Ricci a pris fin — a rendez-vous avec Sidney Toledano, président-directeur général de LVMH Fashion Group. Il est en avance, se promène dans le cimetière de Passy. Il découvre par hasard la tombe de Jean Patou et se dit que Patou est un nom frais, très français, qui mériterait de revenir. Il raconte l’anecdote à Sidney Toledano lorsqu’il le retrouve. Un ange passe... Le groupe LVMH vient de racheter le pôle habillement de la maison Jean Patou. L’information est confidentielle. La conversation s’engage et quelques temps plus tard Sidney Toledano demandera à Guillaume Henri de proposer une stratégie pour la marque. Pari gagné, Guillaume Henri devient directeur artistique de la maison. La sérendipité, est un mot qu’il affectionne particulièrement : la rencontre de hasards qui crée quelque chose d’heureux !

Guillaume Henri

Quand il rejoint le groupe LVMH, Guillaume Henri n’en est pas à son premier coup de maître. Diplômé de l’Institut Français de la mode en 2001, il intègre d’abord le studio Givenchy puis rejoint Paule Ka. En 2009, l’année de ses 30 ans, la maison Carven lui confie sa direction artistique, il insuffle à la marque un style plus moderne et plus frais, le succès est au rendez-vous, il devient le nouvel enfant chéri de la mode française et internationale. En 2015 il rejoint Nina Ricci comme directeur de création jusqu’en 2018.

Créer et re-créer

Quand j’entends Patou, j’entends nous, j’entends bisous, j’entends quelque chose de très joyeux, de très heureux. C’est aussi l’héritage de Jean Patou, penser la mode comme un art de vivre, s’inspirer de la littérature, du cinéma, de la photographie. Faire l’inverse de ce qui fonctionne. Regarder les femmes dans la rue et rendre la mode accessible. Guillaume Henri veut créer un prêt-à-porter féminin d’inspiration couture au style délicat et accessible, joyeux et raffiné. Raconter quelque chose à travers les vêtements. Patou pareil, Patou différent.

Start-up Patou

Guillaume Henri veut désacraliser l’image de la couture et se positionne comme un créateur. Il s’entoure d’une petite équipe, envisage la mode comme les produits de saison, présente les collections été en été, hiver en hiver need now, buy now. Plus de défilés, la presse est invitée à découvrir les collections dans les ateliers. Il imagine un vestiaire déclinable, il y a les essentiels que l’on garde longtemps, les vêtements flamboyants qui se mixent aux essentiels, les pièces uniques exceptionnelles qui mettent en avant tout le savoir-faire Patou. Il y a des collaborations comme les Patou boxing shoes par Le Coq Sportif. Chacune doit pouvoir s’approprier un vestiaire à la fois très simple et spectaculaire au quotidien. Il souhaite également faire de Patou une marque responsable avec les codes d’aujourd’hui. Patou s’engage pendant la Covid-19, avec l’opération #PatouSeul et la vente de sweatshirt et teeshirt au profit de l’Organisation Mondiale de la Santé.

L'après Covid

S’il est encore trop tôt pour mesurer les répercussions de la pandémie sur l’évolution de la mode en général, il y a déjà quelques prémices. L’envie très présente de fantaisie et de couleurs, la nécessité de créer moins mais mieux, de repenser les matières et le recyclage. Guillaume Henri se plaît à imaginer une mode sans genre, plus ouverte, mélangeant féminin et masculin, qui pourrait devenir ce qu’il appelle un prêt-à-porter du monde.

Les petits riens

Dans l’univers de Guillaume Henri il y a le goût de l’extraordinaire dans l’ordinaire, des petits riens qui subliment le réel. Des petits riens qui en disent long :
Le coin des riens, c’est ainsi que Jean Patou désignait le coin de sa boutique qui vendait des accessoires atypiques.
• Ni rive gauche, ni rive droite, entre deux rives. C’est sur l’île de la Cité que Guillaume Henri a choisi d’installer sa maison de couture.
• Chez Patou on rentre par l’atelier de fabrication en hommage aux artisans de l’atelier et du studio de création ils sont l’âme des maisons de mode.
• Rien n’est caché, si vous vous promenez quai du Marché neuf vous pourrez jeter un oeil à travers les fenêtres et apercevoir la vie de l’atelier.
• La mode, la mode, la mode mais pas que, l’équipe Patou c’est comme une petite famille, pour en faire partie il faut faire preuve d’une grande ouverture d’esprit.
Le Patou c’est aujourd’hui une pâtisserie à déguster dans le salon de thé Carette. Car c’est ici que Guillaume Henri a donné rendez-vous à Sidney Toledano lors de leur première rencontre décisive, car c’est ici que se régalaient déjà les élégantes habillées par Jean Patou au siècle dernier.

Nul besoin d’être cliente de maison de couture pour savourer cette histoire. Il y a quelque chose de rafraîchissant dans l’aventure de la maison Patou. On se prend à rêver d’un inaccessible accessible. À travers l’histoire de Patou se racontent aussi les mutations de notre société. Il y a le goût des vêtements qui racontent une histoire, le goût des mots et des jeux de mots, le goût de la poésie, le goût des rencontres et des collaborations, le goût des bonnes choses, comme un avant-goût d’une nouvelle ère de la couture. Un je-ne-sais-quoi ?

A-C.G.